Marcel Côté : un homme d’envergure qui avait le coeur à la bonne place

Share Button

Marcel, je m’ennuie de toi…
      

Ce matin là, j’étais retourné chez moi pour fermer les fenêtres à cause de la pluie. Quelques minutes plus tôt, j’étais chez des amis en compagnie de ma fille. C’est seule assise sur mon lit que j’ai appris la nouvelle…Le téléphone a sonné, la personne au bout du fil m’a dit, Julie, n’ouvre pas la télé, je dois te dire quelque chose. Cette voix, c’était celle de mon ex, de mon ami et père adoptif de ma fille. C’est lui qui m’a annoncé que Marcel était mort. Quand on dit que le cœur arrête de battre et bien c’est vrai. Je ne me souviens pas d’avoir pleuré autant, le sentiment d’abandon était tellement fort, voir même violent. J’ai passé 3 semaines avec une veilleuse et les tounes de Simon et Garfunkel dans les oreilles.

L’idée qu’il pensait être éternel m’obsédais, je me demandais s’il paniquait, à quoi il avait pensé à ce moment là. Je cherchais désespérément à trouver un témoin pour me rassurer, me dire qu’il n’avait pas souffert.

10 jours avant sa mort, j’ai rencontré un homme tout bonnement, on avait habité sur la même rue dans notre jeunesse. On a gardé contact, sans plus. Le lendemain de la mort de Marcel, cet homme m’a appelé. Je lui ai dit qu’on se rappellerait, que mon mentor était mort et que je n’allais pas bien. Il m’a doucement demandé s’il pouvait m’aider, comment c’était arrivé…Je lui ai simplement dit qu’il avait eu une crise cardiaque lors d’une tournée à vélo. Il m’a demandé si c’était arrivé sur le coin de Cordon et Bocage à l’entrée du Domaine Patenaude. Quelques heures plus tôt, son oncle avait tenté de réanimer un homme qui avait fait une crise cardiaque. L’homme en question avait tourné le coin en vélo et juste en face des boites aux lettres, devant son oncle, il était tombé de son vélo, déjà inconscient. Cet homme, c’était Marcel. Et je sais aujourd’hui, qu’il n’a pas souffert.

Marcel c’était mon mentor, mon ange gardien. Je l’ai rencontré par l’entremise d’une femme merveilleuse, Michèle. La première fois que je l’ai rencontré c’était dans ses bureaux de Secor, dans la gigantesque salle de conférence. Assis un peu trop relax, il n’arrêtait pas de rire et de répondre à son téléphone. J’étais assise devant lui, les mains moites avec mon ptit dossier personnalisé (sur lequel j’avais passé beaucoup trop de temps pour en peaufiner l’esthétisme), c’est d’ailleurs une leçon que j’ai apprise au fil du temps, perds pas ton temps avec les détails. Mon parcours avec mon mentor a commencé assez brièvement, en 15 minutes chrono, mon dossier était devenu un ramassis de barbots et il m’avait donné un paquet de devoirs à faire. Je suis sortie toute ébouriffée et remplie de confiance. Cet aspect de lui était d’ailleurs fascinant, quel motivateur extraordinaire!

Le temps passait et compte tenu de ses 268 occupations, Marcel s’avérait dur à joindre. Un jour alors que je tentais de lui expliquer quelque chose sans qu’il ne m’écoute vraiment…il m’a simplement lancé: «Mon chauffeur vient de me lâcher, tu me conduis à Ottawa? Tu me fais une facture et voici, sur le chemin de l’aller tu exposes le problème, tu fais tes devoirs en m’attendant et sur le chemin du retour on voit les solutions, d’accord?» Wow! J’étais contente! 3h de consultation! J’ai saisi l’opportunité! Il faut toujours saisir l’opportunité, peu importe du comment vous allez vous organiser. Quand tu sais où tu vas, le chemin se trace tout seul.

Ma balloune a rapidement d’essoufflée lorsque mon mentor intense comme il est, ne cessait de répéter d’aller plus vite et qu’il fallait être premier dans la vie! Voyez vous, j’étais déjà largement au-dessus de la vitesse permise. On s’est finalement rendu et au fil du temps je me suis habituée à filtrer les SUGGESTIONS! Vous savez, ce n’est pas parce qu’une personne est talentueuse et expérimentée qu’elle a toujours de bonnes idées! N’oubliez pas de réfléchir. Ça me fait penser à la première citation marquante qu’il m’ait fait…«Julie, faut que t’aille du front tout le tour de la tête!» La morale c’est que se construire comme entrepreneure, ça exige de déconstruire certains schèmes de pensées. Mes parents n’auraient pas été content! Mais c’est vrai, il faut sortir de sa zone de confort.

Marcel n’avait pas d’enfant et même temps, il en avait plein. Mon mentor a été le père adoptif de l’entrepreneure que je suis et qui souhaitait grandir.

C’est pas une chose facile de côtoyer des hommes comme lui, ça ne dort pas ces petites bêtes là! 2h du matin…le téléphone sonne. «Julie! tsé le dossier de ………….. là, ben faut un plan marketing de 10 pages pas plus, demain matin. Tu dormais pas j’espère?» Ça prend un fou pour comprendre un fou, je l’ai même fait avec joie et entrain. Cette intensité était dans tout, il s’impliquait et aimait pour vrai de vrai. Comme dirait mon amie Maya, c’est l’effort joyeux!

Un peu avant sa mort je lisais un article dans la presse je crois, c’était un journaliste qui l’avait suivi pendant 1 journée…J’ai eu de l’empathie pour le journaliste! Je ne sais pas dans quelle solution il avait trempé à la naissance mais honnêtement, pour un homme de 70 ans, il était en forme en titi. Avez vous déjà vu le Louvre en 1h30 et visité TOUTES les salles? Moi oui! Avez vous vu le Beaubourg, Orsay, la cathédrale Notre-Dame, la tour Eiffel, souper dans un congrès, diner aux 2 magots, marché les champs élysées et les invalides en 1 seule journée? Moi oui! Ça a couté 1 semaine de récupération et 500ml de crème anesthésiante pour les mollets. Lui? Rien pentoute, fringant comme un ado après une sieste brève de 15 minutes sur un banc de parc. Conclusion: y en a pas, il est juste conçu autrement que nous!

C’était ça Marcel, une fusée! Comme un enfant, il s’émerveillait devant tout et tentait de nous emmener avec lui dans cet effervescence. La preuve vivante que la candeur n’est pas une question d’âge! Il m’appelait la reptilienne…vraiment chouette! J’avais 26-27 ans quand il a commencé à me dire ça. Il aurait été sans voix et vraiment confus de me voir autant pleurer je crois quand il est mort…lui qui disait que j’étais insensible. Tout le monde n’aime pas l’art contemporain! De toute façon, pas le temps de m’émerveiller, j’essayais d’être focus sinon ça partait en vrille tout ce brainstorming. Intelligent, créatif mais mon dieu, fallait prendre des notes!

Marcel il visait juste, j’imagine que son intégrité le gardait présent. Un jour il m’a servit une de ses phrases coup de poing «Julie tu es une sprinteuse, faut que tu devienne une marathonienne.» C’est jamais bien plaisant de se faire cerner, en même temps, il avait cette délicatesse couplé à une désinvolture qui clou sur place et qui vous fait apprécier la critique constructive. Ça m’a pris 18 mois exactement après son départ pour réaliser et intégrer ce qu’il tentait de me faire comprendre depuis 5 ans!

Être mentorée par un homme comme lui c’est un privilège, il y a cependant un revers à toute chose. Je me suis réfugiée dans sa pro-activité, dans son leadership, je me sentais en sécurité. Lorsque nous avons perdu Marcel, nous avons été nombreux à nous retrouver orphelins. Il avait les ailes très longues vous savez! Nous étions des dizaines, des centaines qui bénéficiaient de sa bienveillance. Les premiers pas vers l’autonomie ont été teinté d’un sentiment de perte pour faire place à la reconnaissance et aujourd’hui, mon chemin est remplie de GRATITUDE. J’ai compris les raisons pour lesquelles il me rappelait de devenir une marathonienne, il voulait que je sois autonome, que je me réalise. Et malgré tout un patern qui collait depuis longtemps, je suis finalement devenu cette marathonienne. La persévérance est ce qui transforme l’idée en réussite.

Un jour, je suis tombée malade. Je me souviens de son air lorsque je lui ai dit qu’on allait me faire passer des test à l’hôpital, les médecins soupçonnaient une maladie dégénérative. J’ai vraiment vu la peine et l’impuissance dans ses yeux. Pendant ces 5 mois, il m’a appelé ou écrit tous les jours ou presque. Il a fait des démarches pour me faire soigner, il m’a soutenu et encourager. Il a été mon ange gardien.

Et c’est surtout ça Marcel Côté, un cœur tellement remplie d’amour et de générosité qu’il a fini par déborder.

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Sabrina dit :

    Magnifique hommage à un grand homme que j’aurais aimé connaître!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *